Simenon, Georges - La nuit du carrefour

На нашем литературном портале можно бесплатно читать книгу Simenon, Georges - La nuit du carrefour, Simenon . Жанр: Полицейский детектив. Онлайн библиотека дает возможность прочитать весь текст и даже без регистрации и СМС подтверждения на нашем литературном портале bookplaneta.ru.
Simenon, Georges - La nuit du carrefour
Название: La nuit du carrefour
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
Количество просмотров: 328
Читать онлайн

La nuit du carrefour читать книгу онлайн

La nuit du carrefour - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

Quand Maigret, avec un soupir de lassitude, écarta sa chaise du bureau auquel il était accoudé, il y avait exactement dix-sept heures que durait l'interrogatoire de Carl Andersen.

On avait vu tour à tour, par les fenêtres ans rideaux, la foule des midinettes et des employés prendre d'assaut, à l'heure de midi, les crémeries de la place Saint-Michel, puis l'animation faiblir, la ruée de six heures vers les métros et les gares, la flânerie de l'apéritif.

La Seine s'était enveloppée de buée. Un dernier remorqueur était passé, avec feux verts et rouges, traînant trois péniches. Dernier autobus. Dernier métro. Le cinéma dont on fermait les grilles après avoir rentré les panneaux-réclame...

Перейти на страницу:

» Je me suis avancé jusqu’à la grille de la maison des Trois-Veuves… Je savais que vous y étiez… La façade était obscure, mais je devinais un halo jaunâtre dans le jardin…

» C’est idiot, je le sais bien !… J’ai eu peur !… pour vous, n’est-ce pas ?… Ne vous retournez pas trop vite… C’est Mme Michonnet qui est embusquée derrière ses rideaux…

» Je me trompe certainement… Et pourtant je jurerais que la moitié des conducteurs qui passent en voiture nous observent d’une façon spéciale…

Maigret fit du regard le tour du triangle. On ne voyait plus les champs, que l’obscurité avait noyés. A droite de la grand-route, en face du garage, le chemin d’Avrainville s’amorçait, non pas planté d’arbres comme la route nationale, mais bordé d’un seul côté par une file de poteaux télégraphiques.

A huit cents mètres, quelques lumières : les premières maisons du village.

— Du champagne et des amandes grillées ! grommela le commissaire.

Il se mit lentement en marche, s’arrêta en flâneur devant le garage où, dans la lumière aiguë d’une lampe à arc, un mécanicien en salopette changeait la roue d’une voiture.

C’était plutôt un atelier de réparations qu’un garage. Il contenait une dizaine d’autos, toutes étaient vieilles, démodées, et l’une d’elles, sans roues, sans moteur, réduite à l’état de carcasse, pendait aux chaînes d’une poulie.

— Allons dîner ! A quelle heure doit arriver Mme Goldberg ?

— Je ne sais pas… Dans la soirée…


L’auberge d’Avrainville était vide. Un zinc, quelques bouteilles, un gros poêle, un billard de petit modèle, aux bandes dures comme des pierres et au drap troué, un chien et un chat couchés côte à côte…

Le patron servit à table, tandis qu’on voyait sa femme cuire des escalopes dans la cuisine.

— Comment s’appelle le garagiste du carrefour ? questionna Maigret en avalant une sardine tenant lieu de hors-d’œuvre.

— M. Oscar…

— Il y a longtemps qu’il est dans le pays ?

— Peut-être huit ans… Peut-être dix… Moi, j’ai une carriole et un cheval… Alors…

Et l’homme continua son service sans entrain. Il n’était pas loquace. Il avait même le regard sournois de quelqu’un qui se méfie.

— Et M. Michonnet ?…

— C’est l’agent d’assurances…

C’était tout.

— Vous boirez du blanc ou du rouge ?

Il chipota longtemps pour retirer un morceau de bouchon qui était tombé dans la bouteille, finit par transvaser la piquette.

— Et les gens de la maison des Trois-Veuves ?

— Je ne les ai pour ainsi dire jamais vus… En tout cas, la dame, car il paraît qu’il y a une dame… La route nationale, ce n’est déjà plus Avrainville…

— Bien cuites ? cria sa femme de la cuisine.

Maigret et Lucas finirent par se taire, chacun suivant le fil de ses pensées. A neuf heures, après avoir avalé un calvados synthétique, ils gagnèrent la route, firent d’abord les cent pas, se dirigèrent enfin vers le carrefour.

— Elle n’arrive pas.

— Je serais curieux de savoir ce que Goldberg est venu faire dans le pays… champagne et amandes grillées !… On a retrouvé des diamants dans ses poches ?

— Non… Rien que deux mille et quelques francs dans son portefeuille…

Le garage était toujours éclairé. Maigret nota que la maison de M. Oscar n’était pas en bordure mais qu’elle se dressait derrière l’atelier, si bien qu’on n’en pouvait apercevoir les fenêtres…

Le mécanicien en combinaison mangeait, assis sur le marchepied d’une voiture. Et soudain ce fut le garagiste lui-même qui sortit de l’ombre de la route, à quelques pas des policiers.

— Bonsoir, messieurs !

— Bonsoir ! grogna Maigret.

— Belle nuit ! Si cela continue, nous aurons un temps magnifique pour Pâques…

— Dites donc ! questionna brutalement le commissaire, votre boutique reste ouverte toute la nuit ?

— Ouverte, non ! Mais il y a toujours un homme de garde qui couche sur un lit de camp. La porte est fermée… Les habitués sonnent quand ils ont besoin de quelque chose…

— Il y a beaucoup de voitures la nuit sur la route ?

— Beaucoup, non ! Pourtant, il y en a… Des camions automobiles, qui font les Halles… C’est le pays des primeurs et surtout des cressonnières… Il arrive de manquer d’essence… Ou bien il y a une petite réparation à faire… Vous ne voulez pas venir boire quelque chose ?…

— Merci.

— Vous avez tort… Mais je n’insiste pas… Alors, vous n’avez pas encore débrouillé cette histoire de voitures ?… Vous savez ! M. Michonnet en fera sûrement une maladie !… Surtout si on ne lui rend pas tout de suite une six cylindres !…

Un phare brilla dans le lointain, grossit. Un vrombissement. Une ombre passa.

— Le docteur d’Etampes ! murmura le garagiste. Il est allé en consultation à Arpajon… Son confrère a dû le retenir à dîner…

— Vous connaissez toutes les autos qui passent ?

— Beaucoup… Tenez ! ces deux lanternes… C’est du cresson pour les Halles… Ces gens-là ne peuvent pas se résigner à allumer leurs phares… Et ils tiennent toute la largeur de la route !… Bonsoir, Jules !…

Une voix répondit, du haut du camion qui passait, et l’on ne vit plus que le petit feu rouge de l’arrière, que la nuit ne tarda pas à absorber.

Un train quelque part, une chenille lumineuse qui s’étira dans le chaos nocturne.

— L’express de neuf heures trente-deux… Vraiment ? vous ne voulez rien prendre ?… Dis donc, Jojo !… Quand tu auras fini de dîner, tu vérifieras la troisième pompe, qui est calée…

Des phares encore. Mais l’auto passa. Ce n’était pas Mme Goldberg.

Maigret fumait sans répit. Laissant M. Oscar devant son garage, il commença à aller et venir, suivi de Lucas qui soliloquait à mi-voix.

Aucune lumière dans la maison des Trois-Veuves. Les policiers passèrent dix fois devant la grille. Les dix fois Maigret leva machinalement les yeux vers la fenêtre qu’il savait être celle de la chambre d’Else.

Puis c’était la villa Michonnet, sans style, toute neuve, avec sa porte de chêne verni et son jardinet ridicule.

Puis le garage, le mécanicien occupé à réparer la pompe à essence, M. Oscar qui lui donnait des conseils, les deux mains dans les poches.

Un camion, venant d’Etampes et se dirigeant vers Paris, s’arrêta pour faire le plein. Sur le tas de légumes, un homme était couché et dormait, un convoyeur, qui faisait la même route toutes les nuits, à la même heure.

— Trente litres !

— Ça va ?…

— Ça va !

Un bruit d’embrayage et le camion s’éloignait, abordait à soixante à l’heure la descente d’Arpajon.

— Elle ne viendra plus ! soupira Lucas. Sans doute a-t-elle décidé de dormir à Paris…

Ils parcoururent encore trois fois les deux cents mètres du carrefour, puis Maigret obliqua soudain dans la direction d’Avrainville. Quand il arriva en face de l’auberge, les lampes étaient éteintes, sauf une, et l’on ne voyait personne dans le café.

— Il me semble que j’entends une voiture…

Ils se retournèrent. C’était exact. Deux phares trouaient la nuit dans la direction du village. Une auto devait virer en face du garage, au ralenti. Quelqu’un parlait.

— Ils demandent leur chemin…

La voiture s’approcha enfin, illuminant les uns après les autres les poteaux télégraphiques. Maigret et Lucas furent pris dans le faisceau de lumière, debout tous les deux en face de l’auberge.

Un coup de freins. Un chauffeur descendit, se dirigea vers la portière qu’il ouvrit.

— C’est bien ici ? questionna une voix de femme à l’intérieur.

— Oui, madame… Avrainville… Et il y a une branche de sapin au-dessus de la porte…

Une jambe gainée de soie. Un pied se posait par terre. On devina de la fourrure. Maigret allait s’avancer vers la visiteuse.

A ce moment, il y eut une détonation, un cri et, tête première, la femme tomba sur le sol, s’y écrasa littéralement, y resta, repliée sur elle-même, roulée en boule, tandis qu’une des jambes se déployait dans un spasme.


Le commissaire et Lucas se regardèrent.

— Occupe-toi d’elle ! lança Maigret.

Mais déjà il y avait eu quelques secondes de perdues. Le chauffeur, ahuri, restait immobile à la même place. Une fenêtre s’ouvrait au premier étage de l’auberge.

Le coup de feu était parti du champ, à droite de la route. Tout en courant, le commissaire tirait son revolver de sa poche. Il entendait quelque chose, un martèlement mou de pas dans la glaise. Mais il ne voyait rien, à cause des phares de l’auto qui, éclairant avec violence une partie du décor, rendaient ailleurs l’obscurité absolue.

Il cria en se retournant :

— Les phares !…

Ce fut d’abord sans effet. Il répéta sa phrase. Et alors il y eut une méprise catastrophique. Le chauffeur, ou Lucas, braqua un des phares dans la direction du commissaire.

Si bien que celui-ci se découpait, immense, tout noir, sur le sol nu du champ.

L’assassin devait être plus loin, ou plus à gauche, ou plus à droite, hors du cercle de lumière en tout cas.

— Les phares, n… de D… ! hurla Maigret une dernière fois.

Il serrait les poings de rage. Il courait en zigzag, comme un lapin poursuivi. La notion de la distance elle-même, à cause de cet éclairage, était faussée. Et c’est ainsi qu’il vit soudain les pompes du garage à moins de cent mètres de lui.

Puis ce fut une forme humaine, tout près, une voix enrouée :

— Qu’est-ce qu’il y a ?…

Maigret s’arrêta net, furieux, humilié, regarda M. Oscar des pieds à la tête, constata qu’il n’y avait pas de boue à ses pantoufles.

— Vous n’avez vu personne ?…

— Sauf une voiture qui a demandé le chemin d’Avrainville…

Le commissaire aperçut un feu rouge, sur la route nationale, dans la direction d’Arpajon.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Un camion pour les Halles.

— Il s’est arrêté ?

— Le temps de prendre vingt litres…

On devinait un remue-ménage du côté de l’auberge et le phare continuait à balayer le champ désert. Maigret avisa soudain la maison des Michonnet, traversa la route, sonna.

Un petit judas s’ouvrit.

— Qui est là ?…

— Commissaire Maigret… Je voudrais parler à M. Michonnet…

On tira une chaîne, deux verrous. Une clé tourna dans la serrure. Mme Michonnet parut, inquiète, bouleversée même, lança malgré elle des regards furtifs sur la route, dans les deux sens.

— Vous ne l’avez pas vu ?

— Il n’est pas ici ? grogna Maigret, avec une lueur d’espoir.

— C’est-à-dire… Je ne sais pas… Je… On vient de tirer, n’est-ce pas ?… Mais entrez donc !

Elle avait une quarantaine d’années, un visage sans grâce, aux traits accusés.

— M. Michonnet est sorti un moment pour…

Une porte était ouverte, à gauche, celle de la salle à manger. La table n’était pas desservie.

— Depuis combien de temps est-il parti ?

— Je ne sais pas… Peut-être une demi-heure…

Quelque chose remuait dans la cuisine.

— Vous avez une domestique ?

— Non… C’est peut-être le chat…

Le commissaire ouvrit la porte et vit M. Michonnet lui-même qui rentrait par la porte du jardin. Ses souliers étaient lourds de boue. Il s’épongeait.

Il y eut un silence, un moment de stupeur, pendant lequel les deux hommes se regardèrent.

— Votre arme ! articula le policier.

— Mon…

— Votre arme ! Vite !…

L’agent d’assurances lui tendit un petit revolver à barillet, qu’il prit dans une poche de son pantalon. Mais les six balles s’y trouvaient. Le canon était froid.

— D’où venez-vous ?

— De là-bas…

— Qu’appelez-vous là-bas ?

— N’aie pas peur, Emile !… On n’oserait pas te faire de mal !… intervint Mme Michonnet. C’est trop fort, à la fin… Et mon beau-frère, qui est juge de paix à Carcassonne…

— Un moment, madame… Je parle à votre mari… Vous venez d’Avrainville… Qu’êtes-vous allé y faire ?…

— Avrainville ?… Moi ?…

Il tremblait. Il essayait en vain de faire bonne contenance. Mais sa stupeur ne semblait pas jouée.

— Je vous jure que je viens de là-bas, de la maison des Trois-Veuves… Je voulais les surveiller moi-même, puisque…

— Vous n’êtes pas allé dans le champ ?… Vous n’avez rien entendu ?…

— C’était un coup de feu ?… Il y a quelqu’un de tué ?…

Ses moustaches pendaient. Il regarda sa femme comme un gosse regarde sa maman au moment du danger.

— Je vous jure, commissaire !… je vous jure…

Il frappa le sol du pied, tandis que deux larmes jaillissaient de ses paupières.

— C’est inouï ! éclata-t-il. C’est ma voiture qu’on vole ! C’est dans ma voiture qu’on met un cadavre ! Et l’on refuse de me la rendre, à moi qui ai travaillé quinze ans pour me la payer !… Et c’est encore moi qu’on accuse de…

— Tais-toi, Emile !… Je vais lui parler, moi !…

Mais Maigret ne lui en laissa pas le temps.

— Il n’y a pas d’autre arme dans la maison ?

— Tout juste ce revolver, que nous avons acheté quand nous avons fait construire la villa… Et encore ! Ce sont toujours les balles que l’armurier a mises lui-même dedans…

— Vous venez de la maison des Trois-Veuves ?

— Je craignais qu’on vole à nouveau ma voiture… Je voulais faire mon enquête de mon côté… Je m’étais introduit dans le parc, ou plutôt j’avais grimpé sur le mur…

— Vous les avez vus ?

— Qui ?… Les deux ?… Les Andersen ?… Bien sûr !… Ils sont là, dans le salon… Ils se disputent depuis une heure…

— Vous êtes parti quand vous avez entendu le coup de feu ?

— Oui… Mais je n’étais pas sûr que ce fût un coup de feu… Il me semblait seulement… J’étais inquiet…

— Vous n’avez vu personne d’autre ?

— Personne…

Maigret marcha vers la porte. Dès qu’il l’eut ouverte, il trouva M. Oscar qui s’avançait précisément vers le seuil.

— C’est votre collègue qui m’envoie, commissaire, pour vous dire que la femme est morte… Mon mécanicien est allé prévenir la gendarmerie d’Arpajon… Il ramènera un médecin… Vous permettez ?… Je ne peux pas laisser le garage tout seul…

On voyait toujours à Avrainville, les phares blêmes qui éclairaient un pan de mur de l’auberge, des ombres qui se mouvaient autour d’une voiture.

IV


La prisonnière

Maigret marchait lentement, tête basse, dans le champ où les blés commençaient à piqueter la terre de vert pâle.

C’était le matin. Il y avait du soleil et l’air était tout vibrant du chant d’oiseaux invisibles. Devant la porte de l’auberge, à Avrainville, Lucas attendait le Parquet en montant la garde près de l’auto qui avait amené Mme Goldberg et qui avait été louée par elle à Paris, place de l’Opéra.

Перейти на страницу:
Комментариев (0)