Simenon, Georges - La nuit du carrefour

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Simenon, Georges - La nuit du carrefour
Название: La nuit du carrefour
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
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La nuit du carrefour читать книгу онлайн

La nuit du carrefour - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

Quand Maigret, avec un soupir de lassitude, écarta sa chaise du bureau auquel il était accoudé, il y avait exactement dix-sept heures que durait l'interrogatoire de Carl Andersen.

On avait vu tour à tour, par les fenêtres ans rideaux, la foule des midinettes et des employés prendre d'assaut, à l'heure de midi, les crémeries de la place Saint-Michel, puis l'animation faiblir, la ruée de six heures vers les métros et les gares, la flânerie de l'apéritif.

La Seine s'était enveloppée de buée. Un dernier remorqueur était passé, avec feux verts et rouges, traînant trois péniches. Dernier autobus. Dernier métro. Le cinéma dont on fermait les grilles après avoir rentré les panneaux-réclame...

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Ses collègues crurent qu’il travaillait. Mais on dut le réveiller quand, une heure plus tard, un télégramme arriva d’Anvers, qui disait :


Isaac Goldberg, quarante-cinq ans, courtier en diamants, assez connu sur place. Importance moyenne. Bonnes références bancaires. Faisait chaque semaine, en train ou avion, les places d’Amsterdam, Londres et Paris.

Villa luxueuse à Borgerhout, rue de Campine. Marié. Père de deux enfants, âgés de huit et douze ans.

Mme Goldberg, avertie, a pris le train pour Paris.


A onze heures du matin, la sonnerie du téléphone retentit. C’était Lucas.

— Allô ! Je suis au Carrefour des Trois-Veuves. Je vous téléphone du garage qui se dresse à deux cents mètres de la maison des Andersen… Le Danois est rentré chez lui… La grille est refermée… Rien de spécial…

— La sœur ?

— Doit être là, mais je ne l’ai pas vue…

— Le corps de Goldberg ?…

— A l’amphithéâtre d’Arpajon…

Maigret rentra chez lui, boulevard Richard-Lenoir.

— Tu as l’air fatigué ! lui dit simplement sa femme.

— Prépare une valise avec un complet, des chaussures de rechange.

— Tu pars pour longtemps ?…

Il y avait un fricot sur le feu. Dans la chambre à coucher, la fenêtre était ouverte, le lit défait afin d’aérer les draps. Mme Maigret n’avait pas encore eu le temps d’enlever les épingles qui retenaient ses cheveux en petites boules dures.

— Au revoir…

Il l’embrassa. Au moment où il sortait, elle remarqua :

— Tu ouvres la porte de la main droite…

C’était contre son habitude. Il l’ouvrait toujours de la gauche. Et Mme Maigret ne se cachait pas d’être superstitieuse.

— Qu’est-ce que c’est ?… Une bande ?…

— Je l’ignore.

— Tu vas loin ?

— Je ne sais pas encore.

— Tu feras attention, dis ?…

Mais il descendait l’escalier, se retournait à peine pour lui adresser un signe de la main. Sur le boulevard, il héla un taxi.

— A la gare d’Orsay… Ou plutôt… Combien vaut la course jusqu’à Arpajon ?… Trois cents francs, avec le retour ?… En route !…

Cela lui arrivait rarement. Mais il était harassé. Il avait peine à chasser le sommeil qui faisait picoter ses paupières.

Et puis peut-être était-il un peu impressionné ? Non pas tant à cause de cette porte qu’il avait ouverte de la main droite. Pas non plus à cause de cette extravagante histoire de voiture volée à Michonnet et qu’on retrouvait avec un mort au volant dans le garage d’Andersen.

C’était plutôt la personnalité de ce dernier qui le chiffonnait.

Dix-sept heures degrilling !

Des bandits éprouvés, des lascars ayant traîné dans tous les postes de police d’Europe n’avaient pas résisté à cette épreuve.

Peut-être même était-ce pour cela que Maigret avait relâché Andersen !

N’empêche qu’à partir de Bourg-la-Reine, il dormait dans le fond du taxi. Le chauffeur l’éveilla à Arpajon, devant le vieux marché au toit de chaume.

— A quel hôtel descendez-vous ?

— Continuez jusqu’au Carrefour des Trois-Veuves…

Une montée, sur les pavés luisant d’huile, de la route nationale, avec, des deux côtés, les panneaux réclame pour Vichy, Deauville, les grands hôtels ou les marques d’essence.

Un croisement. Un garage et ses cinq pompes à essence, peintes en rouge. A gauche, la route d’Avrainville, piquée d’un poteau indicateur.

Alentour, des champs à perte de vue.

— C’est ici ! dit le chauffeur.

Il n’y avait que trois maisons. D’abord celle du garagiste, en carreaux de plâtre, édifiée rapidement dans la fièvre des affaires. Une grosse voiture de sport, à carrosserie d’aluminium, faisait son plein. Des mécaniciens réparaient une camionnette de boucher.

En face, un pavillon en pierre meulière, style villa, avec un étroit jardin, entouré de grillages hauts de deux mètres. Une plaque de cuivre : Emile Michonnet, assurances.

L’autre maison était à deux cents mètres. Le mur qui entourait le parc ne permettait d’apercevoir que le premier étage, un toit d’ardoise et quelques beaux arbres.

Cette construction-là datait d’au moins un siècle. C’était la bonne maison de campagne du temps jadis, comportant un pavillon destiné au jardinier, les communs, les poulaillers, une écurie, un perron de cinq marches flanqué de torchères de bronze.

Une petite pièce d’eau en ciment était à sec. D’une cheminée à chapiteau sculpté montait tout droit un filet de fumée.

C’était tout. Au-delà des champs, un rocher, des toits de fermes, une charrue abandonnée quelque part à l’orée des labours.

Et, sur la route lisse, des autos qui passaient, cornaient, se croisaient, se doublaient.

Maigret descendit, sa valise à la main, paya le chauffeur, qui, avant de regagner Paris, prit de l’essence au garage.

II


Les rideaux qui bougent

Lucas émergea d’un des bas-côtés de la route dont les arbres le cachaient, s’approcha de Maigret qui posait sa valise à ses pieds. Au moment où ils allaient se serrer la main, on entendit un sifflement progressif et soudain une voiture de course passa à pleins gaz au ras des policiers, si près que la valise fut lancée à trois mètres.

On ne voyait plus rien. L’auto à turbocompresseur doublait une charrette de paille, disparaissait à l’horizon.

Maigret faisait la grimace.

— Il en passe beaucoup de pareilles ?

— C’est la première… On jurerait qu’elle nous a visés, pas vrai ?

L’après-midi était grise. Un rideau frémit à une fenêtre de la villa Michonnet.

— Il y a moyen de coucher par ici ?

— A Arpajon ou à Avrainville… Trois kilomètres pour Arpajon… Avrainville est plus près, mais vous n’y trouverez qu’une auberge de campagne…

— Vas y porter ma valise et retenir des chambres… Rien à signaler ?

— Rien… On nous observe de la villa… C’est Mme Michonnet, que j’ai examinée tout à l’heure… Une brune assez volumineuse, qui ne doit pas avoir bon caractère…

— Tu sais pourquoi l’on appelle cet endroit le Carrefour des Trois-Veuves ?

— Je me suis renseigné… C’est à cause de la maison d’Andersen… Elle date de la Révolution… Autrefois, elle était seule à se dresser au carrefour… En dernier lieu, voilà cinquante ans, il paraît qu’elle était habitée par trois veuves, la mère et ses deux filles. La mère avait quatre-vingt-dix ans et était impotente. L’aînée des filles avait soixante-sept ans, l’autre soixante bien tassés. Trois vieilles maniaques, tellement avares qu’elles ne faisaient aucun achat dans le pays et qu’elles vivaient des produits de leur potager et de la basse-cour… Les volets n’étaient jamais ouverts. On restait des semaines sans les apercevoir… La fille aînée s’est cassé la jambe et on ne l’a su que quand elle a été morte… Une drôle d’histoire !… Depuis longtemps, on n’entendait plus le moindre bruit autour de la maison des Trois-Veuves… Alors les gens jasent… Le maire d’Avrainville se décide à venir faire un tour… Il les trouve mortes toutes les trois, mortes depuis dix jours au moins !… On m’a dit qu’à l’époque les journaux en ont beaucoup parlé… Un instituteur du pays, que ce mystère a passionné, a même écrit une brochure, dans laquelle il prétend que la fille à la jambe cassée, par haine pour sa sœur encore alerte, a empoisonné celle-ci et que la mère a été empoisonnée du même coup… Elle serait morte ensuite à proximité des deux cadavres, faute de pouvoir bouger pour se nourrir !…

Maigret fixait la maison, dont il ne voyait que le haut, puis regardait le pavillon neuf des Michonnet, le garage plus neuf encore, les voitures qui passaient à quatre-vingts à l’heure sur la route nationale.

— Va retenir les chambres… Viens ensuite me retrouver…

— Qu’allez-vous faire ?

Le commissaire haussa les épaules, marcha d’abord jusqu’à la grille de la maison des Trois-Veuves. La construction était spacieuse, entourée d’un parc de trois à quatre hectares, orné de quelques arbres magnifiques.

Une allée en pente contournait une pelouse, donnait accès au perron d’une part, de l’autre à un garage aménagé dans une ancienne écurie au toit encore garni d’une poulie.

Rien ne bougeait. A part le filet de fumée, on ne sentait aucune vie derrière les rideaux passés. Le soir commençait à tomber et des chevaux traversaient un champ lointain pour regagner la ferme.

Maigret vit un petit homme qui se promenait sur la route, les mains enfoncées dans les poches d’un pantalon de flanelle, la pipe aux dents, une casquette sur la tête. Cet homme s’approcha familièrement de lui, comme, à la campagne, on s’aborde entre voisins.

— C’est vous qui dirigez l’enquête ?

Il n’avait pas de faux col. Ses pieds étaient chaussés de pantoufles. Mais il portait un veston de beau drap anglais gris et une énorme chevalière au doigt.

— Je suis le garagiste du carrefour… Je vous ai aperçu de loin…

Un ancien boxeur, à coup sûr. Il avait eu le nez cassé. Son visage était comme martelé par les coups de poing. Sa voix traînante était enrouée, vulgaire, mais pleine d’assurance.

— Qu’est-ce que vous dites de cette histoire d’autos ?…

Il riait, découvrant des dents en or.

— Si ce n’était pas qu’il y a un macchabée, je trouverais l’aventure marrante… Vous ne pouvez pas comprendre !… Vous ne connaissez pas le type d’en face, Môssieu Michonnet, comme nous l’appelons… Un monsieur qui n’aime pas les familiarités, qui porte des faux cols hauts comme ça et des souliers vernis… Et Mme Michonnet donc !… Vous ne l’avez pas encore vue ?… Hum !… Ces gens-là réclament pour tout et pour rien, vont trouver les gendarmes parce que les autos font trop de bruit quand elles s’arrêtent devant ma pompe à essence…

Maigret regardait son interlocuteur sans l’encourager ni le décourager. Il le regardait, tout simplement, ce qui était assez déroutant pour un bavard, mais ce qui ne suffisait pas à impressionner le garagiste.

Une voiture de boulanger passa et l’homme en pantoufles cria :

— Salut, Clément !… Ton klaxon est réparé !… Tu n’as qu’à le demander à Jojo !…

Il reprit, tourné vers Maigret, à qui il offrait des cigarettes :

— Il y a des mois qu’il parlait d’acheter une bagnole neuve, qu’il embêtait tous les marchands d’autos, y compris moi !… Il voulait des réductions… Il nous faisait marcher… La carrosserie était trop sombre, ou trop claire… Il voulait bordeaux uni, mais pas trop bordeaux tout en restant bordeaux… Bref, il a fini par l’acheter à un collègue d’Arpajon… Avouez que c’est crevant, quelques jours après, de retrouver la voiture dans le garage des Trois-Veuves !… J’aurais payé cher pour contempler notre bonhomme quand, le matin, il a vu le vieux tacot à la place de la six cylindres !… Dommage du mort, qui gâte tout !… Car enfin, un mort c’est un mort et il faut quand même du respect pour ces choses-là !… Dites donc ! vous viendrez bien boire le coup chez nous en passant ?… Le carrefour manque de bistrots… Mais ça viendra ! Que je trouve un brave garçon pour le tenir et je lui fais les fonds…

L’homme dut s’apercevoir que ses paroles ne trouvaient guère d’écho, car il tendit la main à Maigret.

— A tout à l’heure…

Il s’éloigna du même pas, s’arrêta pour parler à un paysan qui passait en carriole. Il y avait toujours un visage derrière les rideaux des Michonnet. La campagne, des deux côtés de la route, avait, dans le soir, un air monotone, stagnant, et l’on entendait des bruits très loin, un hennissement, la cloche d’une église située peut-être à une dizaine de kilomètres.

Une première auto passa phares allumés, mais ils brillaient à peine dans le demi-jour.

Maigret tendit le bras vers le cordon de sonnette qui pendait à droite de la poterne. De belles et graves résonances de bronze vibrèrent dans le jardin, suivies d’un très long silence. La porte, au-dessus du perron, ne s’ouvrit pas. Mais le gravier crissa derrière la maison. Une haute silhouette se profila, un visage laiteux, un monocle noir.

Sans émotion apparente, Carl Andersen s’approcha de la grille, qu’il ouvrit en inclinant la tête.

— Je me doutais que vous viendriez… Je suppose que vous désirez visiter le garage… Le Parquet y a posé des scellés, mais vous devez avoir le pouvoir de…

Il avait le même complet qu’au quai des Orfèvres : un complet d’une sûre élégance, qui commençait à se lustrer.

— Votre sœur est ici ?…

Il ne faisait déjà plus assez clair pour discerner un frémissement des traits, mais Andersen éprouva le besoin de caler le monocle dans son orbite.

— Oui…

— Je voudrais la voir…

Une légère hésitation. Une nouvelle inclination de la tête.

— Veuillez me suivre…

On contourna le bâtiment. Derrière s’étalait une pelouse assez vaste que dominait une terrasse. Toutes les pièces du rez-de-chaussée s’ouvraient de plain-pied sur cette terrasse par de hautes portes-fenêtres.

Aucune chambre n’était éclairée. Dans le fond du parc, des écharpes de brouillard voilaient le tronc des arbres.

— Vous permettez que je vous montre le chemin ?

Andersen poussa une porte vitrée et Maigret le suivit dans un grand salon tout feutré de pénombre. La porte resta ouverte, laissant pénétrer l’air à la fois frais et lourd du soir, ainsi qu’une odeur d’herbe et de feuillage humides. Une seule bûche lançait quelques étincelles dans la cheminée.

— Je vais appeler ma sœur…

Andersen n’avait pas fait de lumière, n’avait même pas paru s’apercevoir que le soir tombait. Maigret, resté seul, arpenta la pièce, lentement, s’arrêta devant un chevalet qui supportait une ébauche à la gouache. C’était l’ébauche d’un tissu moderne, aux couleurs audacieuses, au dessin étrange.

Mais moins étrange que cette ambiance où Maigret retrouvait le souvenir des trois veuves de jadis !

Certains des meubles avaient dû leur appartenir. Il y avait des fauteuils Empire à la peinture écaillée, à la soie usée, et des rideaux de reps, qui n’avaient pas été retirés depuis cinquante ans.

Par contre, avec du bois blanc, on avait bâti le long d’un mur des rayons de bibliothèque, où s’entassaient des livres non reliés, en français, en allemand, en anglais, en danois aussi sans doute.

Et les couvertures blanches, jaunes ou bariolées contrastaient avec un pouf désuet, avec des vases ébréchés, un tapis dont le centre ne comportait plus que la trame.

La pénombre s’épaississait. Une vache meugla au loin. Et de temps en temps, un léger vrombissement pointait dans le silence, s’intensifiait, une voiture passait en trombe sur la route et le bruit du moteur allait en se mourant.

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