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Simenon, Georges - Au Rendez-vous des Terre-Neuvas

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Simenon, Georges - Au Rendez-vous des Terre-Neuvas
Название: Au Rendez-vous des Terre-Neuvas
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
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Au Rendez-vous des Terre-Neuvas - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

- Que c'est le meilleur petit-gars du pays et que sa maman, qui n'a que lui, est capable d'en mourir. J'ai la certitude, comme tout le monde ici, qu'il est innocent. Mais les marins à qui j'en ai parlé prétendent qu'il sera condamné parce que les tribunaux civils n'ont jamais rien compris aux choses de la mer...


" Fais tout ce que tu pourras, comme si c'était pour toi-même... J'ai appris par les journaux que tu es devenu une haute personnalité de la Police judiciaire... " C'était un matin de juin ; Mme Maigret, dans l'appartement du boulevard Richard-Lenoir, dont toutes les fenêtres étaient ouvertes, achevait de bourrer de grandes malles d'osier, et Maigret, sans faux col, lisait à mi-voix. " De qui est-ce ?


- Jorissen... Nous avons été à l'école ensemble... Il est devenu instituteur à Quimper... Dis donc, tu tiens beaucoup à ce que nous passions nos huit jours de vacances en Alsace ?....


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— Le capitaine !… On l’a retiré, mort !… On a pratiqué la respiration artificielle… On ne comprenait pas, car il n’était pas resté dix minutes dans l’eau…

— C’est le docteur qui a expliqué l’affaire : paraît qu’on l’avait étranglé, avant… Saisissez ?… Et l’on retrouvait le télégraphiste dans sa cabine, qui est derrière la cheminée… Vous pouvez l’apercevoir d’ici…

— Les agents sont venus chez moi fouiller sa chambre et ont découvert des papiers brûlés…

— Qu’est-ce que vous voulez y comprendre ?… Deux calvados, Julie !… À votre santé !…

P’tit Louis, de plus en plus excité, avait saisi une chaise entre les dents et, au milieu du cercle de matelots, la soulevait horizontalement en défiant Maigret du regard.

— Le capitaine était d’ici ? questionna le commissaire.

— Oui ! Un curieux bonhomme ! Guère plus haut ni plus large que P’tit Louis ! Avec ça toujours poli, toujours aimable ! Et tiré à quatre épingles ! Je crois qu’on ne l’a jamais vu au café. Il n’était pas marié. Alors, il prenait pension chez une veuve, la femme d’un fonctionnaire des douanes, rue d’Étretat. On disait même que ça finirait par un mariage… Il y a quinze ans qu’il faisait Terre-Neuve… Toujours pour la même société : la Morue française… Le capitaine Fallut, pour l’appeler par son nom… Ils sont bien embarrassés, maintenant, pour renvoyer l’Océan sur le banc !… Pas de capitaine !… Et la moitié de l’équipage ne veut pas rengager !

— Pourquoi ?

— Il ne faut pas chercher à comprendre ! Le mauvais œil, comme je vous ai dit… Il est question de désarmer le bateau jusqu’à l’an prochain… Sans compter que la police a prié l’équipage de se tenir à sa disposition…

— Le télégraphiste est en prison ?

— Oui ! ils l’ont emmené le soir même, avec les menottes, et tout… J’étais sur le seuil… J’aime mieux vous dire la vérité : ma femme en a pleuré… Et moi-même… Pourtant, ce n’était pas un client extraordinaire… Je lui faisais des prix… Il ne buvait presque pas…

Ils furent interrompus par une rumeur soudaine. P’tit Louis fonçait sur le Breton, sans doute parce que celui-ci s’obstinait à l’empêcher de boire. Ils roulaient par terre tous les deux. Les autres s’écartaient.

Ce fut Maigret qui les sépara, en les soulevant littéralement, un dans chaque main.

— Alors ?… On veut se manger le nez ?…

L’incident fut bref. Le Breton, qui avait les mains libres, tira un couteau de sa poche et le commissaire s’en aperçut juste à temps pour l’envoyer rouler à deux mètres de là, d’un coup de talon.

La chaussure atteignit le menton qui saigna. Et ce fut P’tit Louis qui se précipita sur son compagnon, toujours flou, toujours ivre, et qui se mit à pleurer en lui demandant pardon.

Léon s’approchait de Maigret, sa montre en main.

— Il est l’heure de fermer ! Sinon, on va voir arriver les agents… Tous les soirs, c’est la même comédie ! Impossible de les mettre dehors !

— Ils couchent à bord de l’Océan ?…

— Oui… Quand, comme c’est arrivé hier à deux d’entre eux, ils ne restent pas dans le ruisseau… Je les ai trouvés ce matin en ouvrant les volets…

La serveuse ramassait les verres sur les tables. Les hommes s’en allaient par groupes de trois ou quatre. Seuls P’tit Louis et le Breton ne bougeaient pas.

— Vous voulez une chambre ? demanda Léon à Maigret.

— Merci ! Je suis installé à Hôtel de la Plage !

— Dites donc…

— Quoi ?…

— Ce n’est pas que je veuille vous donner un conseil… Cela ne me regarde pas… Seulement, on avait de l’affection pour le télégraphiste… Peut-être qu’il ne serait pas mauvais de chercher la femme, comme on dit dans les romans… J’ai entendu chuchoter des choses comme ça…

— Pierre Le Clinche avait une maîtresse ?

— Lui ?… Oh ! non… Il était fiancé dans son pays et il envoyait tous les jours là-bas une lettre de six pages…

— Alors, qui ?…

— Je n’en sais rien… Peut-être que c’est plus compliqué qu’on le croit… Puis…

— Puis ?…

— Rien !… Sois raisonnable, P’tit Louis !… Va te coucher…

Mais P’tit Louis était dans un état d’ivresse trop avancé. Il se lamentait. Il étreignait son camarade dont le menton saignait toujours et lui demandait pardon.

Maigret sortit, les deux mains dans les poches, le col relevé, car l’air était frais.

Dans le hall d’entrée de l’Hôtel de la Plage, il aperçut une jeune fille, assise dans un fauteuil d’osier. Un homme se leva d’un autre fauteuil, sourit avec un rien de gêne.

C’était Jorissen, l’instituteur de Quimper. Il y avait quinze ans que Maigret ne l’avait pas vu et l’autre hésita à le tutoyer.

— Excusez… excusez-moi… Je… Nous venons d’arriver, Mlle Léonnec et moi… J’ai cherché dans les hôtels… On m’a dit que vous… que tu allais rentrer… C’est la fiancée de… de Pierre Le Clinche… Elle a absolument voulu…

Une grande jeune fille un peu pâle, un peu timide. Cependant, quand Maigret lui serra la main, il comprit que sous ces apparences de petite provinciale à la coquetterie maladroite il y avait une volonté.

Elle ne parlait pas. Elle était impressionnée. Jorissen aussi, resté simple instituteur et retrouvant son ancien camarade à un des plus hauts postes de la Police Judiciaire.

— On m’a montré tout à l’heure Mme Maigret dans le salon… Je n’ai pas osé…

Maigret regardait la jeune fille qui n’était pas jolie, ni laide, mais dont la simplicité était assez émouvante.

— Vous savez qu’il est innocent, n’est-ce pas ? finit-elle par articuler sans regarder personne.

Le portier attendait le moment de se recoucher. Il avait déjà déboutonné sa veste.

— Nous verrons cela demain… Vous avez une chambre ?…

— La chambre voisine de la vô… de la tienne !… bégaya, confus, l’instituteur de Quimper. Et Mlle Léonnec est à l’étage au-dessus… Moi, il faut que je reparte demain, à cause des examens… Est-ce que tu crois ?…

— Demain ! Nous verrons ! répéta Maigret.

Et, tandis qu’il se couchait, sa femme murmura dans un demi-réveil :

— N’oublie pas d’éteindre la lumière !


2


Les souliers jaunes

Ils marchaient côte à côte sans se regarder, le long de la plage d’abord, déserte à cette heure, puis le long des quais.

Et peu à peu les silences se raréfiaient ; Marie Léonnec en arrivait à parler d’une voix presque naturelle.

— Vous verrez qu’il vous sera tout de suite sympathique ! Il ne peut pas en être autrement ! Et alors vous comprendrez que…

Maigret coulait vers elle des regards curieux, admiratifs. Jorissen était reparti pour Quimper au petit jour, laissant la jeune fille seule à Fécamp.

— Je n’insiste pas pour qu’elle me suive ! Elle a trop de caractère ! avait-il dit.

La veille au soir, elle était aussi neutre qu’une jeune fille élevée dans le calme d’une petite ville peut l’être. Or, il n’y avait pas une heure qu’ils avaient quitté l’Hôtel de la Plage, elle et Maigret.

Le commissaire avait son air le plus croque-mitaine.

N’empêche qu’elle ne se laissait pas impressionner, qu’elle n’y croyait pas, qu’elle souriait avec confiance.

— Son seul défaut, poursuivait-elle, est d’être extrêmement susceptible. Mais comment en serait-il autrement ? Son père n’était qu’un pêcheur. Sa mère a longtemps réparé les filets pour l’élever. Maintenant, c’est lui qui la nourrit. Il est instruit, il a un bel avenir devant lui.

— Vos parents sont riches ? questionna crûment Maigret.

— Ils ont la plus grosse affaire de cordages et câbles métalliques de Quimper. C’est pourquoi Pierre ne voulait même pas parler à mon père… Pendant toute une année, nous nous sommes vus en cachette…

— Vous aviez dix-huit ans l’un et l’autre ?

— À peine ! C’est moi qui ai parlé chez moi. Et Pierre a juré qu’il ne m’épouserait que quand il gagnerait au moins deux mille francs par mois… Vous voyez que…

— Il vous a écrit, depuis son arrestation ?

— Une seule lettre. Très courte. Lui qui m’adressait tous les jours des pages et des pages ! Il dit qu’il vaut mieux pour moi et mes parents, que j’annonce dans le pays que tout est rompu entre nous…

Ils passaient près de l’Océan qu’on continuait à décharger et qui, à marée haute, dominait le quai de sa coque noire. Sur le gaillard d’avant, trois hommes, le torse nu, se lavaient et parmi eux Maigret reconnut P’tit Louis.

Il surprit aussi un geste : un des matelots qui poussait l’autre de l’épaule en désignant Maigret et la jeune fille. Alors il se renfrogna.

— C’est par délicatesse, n’est-ce pas ? continuait la voix à côté de lui. Il sait l’ampleur que prend un scandale dans une petite ville comme Quimper… Il a voulu me rendre ma liberté…

Le matin était limpide. La jeune fille, dans son tailleur gris, avait l’air d’une étudiante ou d’une institutrice.

— Pour que mes parents m’aient laissée partir, il faut qu’ils aient confiance en lui, eux aussi !… Et, pourtant, mon père préférerait me voir épouser un commerçant…

Maigret la fit attendre assez longtemps dans l’antichambre du commissaire de police. Il prit quelques notes.

Une demi-heure plus tard, tous deux pénétraient dans la prison.


C’était le Maigret maussade, aux mains derrière le dos, à la pipe vissée entre les dents, qui se tenait, l’échine ronde, dans un coin de la cellule. Il avait prévenu les autorités qu’il ne s’occupait pas officiellement de l’enquête et qu’il ne suivait celle-ci qu’en curieux.

Plusieurs personnes lui avaient décrit le télégraphiste et l’image qu’il s’en était faite répondait trait pour trait au garçon qu’il avait sous les yeux.

Un grand jeune homme maigre, au complet correct, encore que fripé, au visage grave et timide à la fois de premier de classe. Des taches de rousseur sous les yeux et des cheveux coupés en brosse.

Il avait sursauté quand la porte s’était ouverte. Il était resté un bon moment très loin de la jeune fille qui s’avançait. Elle avait dû se jeter dans ses bras, littéralement, y rester de force, tandis qu’il lançait à la ronde des regards éperdus.

— Marie !… Qui est-ce qui ?… Comment ?…

Il était troublé au plus haut degré. Mais ce n’était pas l’homme à s’agiter. Les verres de ses lunettes seuls étaient embués. Ses lèvres frémissaient.

— Il ne fallait pas venir…

Et il épiait Maigret qu’il ne connaissait pas, puis fixait la porte restée entrouverte.

Il n’avait pas de faux col, pas de lacets à ses chaussures, mais par contre une barbe de plusieurs jours, roussâtre. Tout cela le gênait, malgré le drame. Il se tâtait avec embarras le cou nu, la pomme d’Adam saillante.

— Est-ce que ma mère ?…

— Elle n’est pas venue ! Mais elle ne croit pas non plus que tu sois coupable…

La jeune fille, elle non plus, ne parvenait pas à donner libre cours à son émotion. C’était comme une scène ratée, peut-être à cause de la crudité de l’atmosphère ?

Ils se regardaient et ils ne savaient que dire, ils cherchaient leurs mots. Alors Marie Léonnec désigna Maigret.

— C’est un ami de Jorissen… Il est commissaire à la Police Judiciaire et il accepte de nous aider…

Le Clinche hésita à tendre la main, n’osa pas le faire.

— Merci… Je…

C’était raté sur toute la ligne et la jeune fille, qui s’en rendait compte, avait envie de pleurer. N’avait-elle pas compté sur une entrevue pathétique qui convaincrait Maigret ?

Elle regardait son fiancé avec dépit, avec même une pointe d’impatience.

— Il faudra que tu lui dises tout ce qui peut être utile à ta défense…

Et Pierre Le Clinche soupirait, gauche et ennuyé…

— Je n’ai guère que quelques questions à vous poser ! intervint le commissaire. Tout l’équipage est d’accord pour dire qu’au cours de la campagne vos rapports avec le capitaine ont été plus que froids. Or, au départ, vous étiez plutôt en bons termes. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?

Le télégraphiste ouvrit la bouche, se tut, fixa le plancher d’un œil désolé.

— Des questions de service ?… Les deux premiers jours, vous mangiez avec le second et le chef mécanicien… Ensuite vous avez préféré manger avec les hommes…

— Oui… Je sais…

— Pourquoi ?…

Et Marie Léonnec, impatientée :

— Mais parle donc, Pierre ! Il s’agit de te sauver ! Tu dois dire la vérité…

— Je ne sais pas…

Il était sans nerfs, sans ressort, comme sans espoir.

— Avez-vous eu des discussions avec le capitaine Fallut ?

— Non…

— Et pourtant vous avez vécu près de trois mois sur le même bateau que lui sans lui adresser la parole. Tout le monde l’a remarqué… Certains chuchotent que Fallut, à certains moments, donnait l’impression d’un fou…

— Je ne sais pas…

Marie Léonnec contenait des sanglots d’énervement.

— Quand l’Océan est rentré au port, vous êtes allé à terre avec les hommes… Dans votre chambre d’hôtel, vous avez brûlé des papiers…

— Oui ! C’était sans importance…

— Vous avez l’habitude de tenir un journal de tout ce que vous voyez… N’était-ce pas le journal de cette campagne que vous avez brûlé ?…

Et il restait debout, tête basse, comme un élève qui ne sait pas sa leçon et qui fixe le sol d’un air buté.

— Oui…

— Pourquoi ?

— Je ne sais plus !…

— Et vous ne savez pas non plus pourquoi vous êtes retourné à bord ?… Pas tout de suite !… On vous a vu embusqué derrière un wagon situé à cinquante mètres du bateau…

La jeune fille regarda le commissaire, puis son fiancé, puis encore le commissaire et elle commença à perdre pied.

— Oui…

— Le capitaine a franchi la passerelle, a mis les pieds sur le quai… C’est à ce moment qu’il a été attaqué…

Il se taisait toujours.

— Mais répondez-moi, sacrebleu !

— Oui, réponds, Pierre !… C’est pour te sauver… Je ne comprends pas… Je…

Des larmes gonflaient ses paupières.

— Oui…

— Quoi, oui ?…

— J’étais là !

— Alors, vous avez vu ?…

— Mal… Il y avait des tas de barils, des wagons… Une lutte entre deux hommes, puis l’un d’eux qui se sauvait tandis qu’un corps tombait dans l’eau…

— Comment était le fuyard ?

— Je ne sais pas…

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