Simenon, Georges - Le fou de Bergerac

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Simenon, Georges - Le fou de Bergerac
Название: Le fou de Bergerac
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
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Le fou de Bergerac читать книгу онлайн

Le fou de Bergerac - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

Hasard sur toute la ligne ! La veille, Maigret ne savait pas qu’il allait entreprendre un voyage. C’était pourtant la saison où Paris commençait à lui peser : un mois de mars épicé d’un avant-goût de printemps, avec un soleil clair, pointu, déjà tiède. Mme Maigret était en Alsace pour une quinzaine de jours, auprès de sa sœur qui attendait un bébé. Or, le mercredi matin, le commissaire recevait une lettre d’un collègue de la Police Judiciaire qui avait pris sa retraite deux ans plus tôt et qui s’était installé en Dordogne. … Surtout, si un bon vent t’amène dans la région, ne manque pas de venir passer quelques jours chez moi. J’ai une vieille servante qui n’est contente que quand il y a du monde à la maison. Et la saison du saumon commence…


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Leduc n’avait même pas eu le temps de frapper à la porte. Il montra un visage un peu confus.

— Tu n’as pas pu venir hier ?

— Justement ! Je te prie de m’excuser… Bonjour, madame Maigret… J’ai été obligé d’aller chercher le plombier, à cause d’une conduite d’eau crevée… Ça va mieux ?

— Ça va !… Toujours le dos raide comme un cercueil, mais à part ça… Tu as vu mon affiche ?…

— Quelle affiche ?

Il mentait. Maigret faillit le lui dire. Mais, en fin de compte, il n’eut pas cette cruauté.

— Assieds-toi ! Donne ton chapeau à ma femme. Dans quelques minutes, nous allons recevoir du monde. Et, entre autres, je mettrais ma main à couper que le fou sera ici.

On frappait à la porte. Pourtant, personne n’avait traversé la place. L’instant d’après, le patron de l’hôtel entrait.

— Excusez-moi… Je ne savais pas que vous aviez une visite… C’est à propos de l’affiche…

— Vous avez quelque chose à m’apprendre ?

— Moi ?… Non !… À quoi pensez-vous !… Si j’avais eu quelque chose à dire, je l’aurais déjà dit… Je voulais seulement savoir si on doit laisser monter tous ceux qui se présenteront…

— Mais oui ! Mais oui !

Et Maigret le regardait à travers ses cils mi-clos. Cela devenait une manie, chez lui, de faire ainsi de petits yeux.

Ou peut-être cela tenait-il à ce qu’il vivait obstinément dans un rayon de soleil ?

— Vous pouvez nous laisser.

Et aussitôt, à Leduc :

— Un curieux homme aussi ! Puissant, sanguin, fort comme un arbre, avec une peau rose qui semble toujours sur le point d’éclater…

— C’est un ancien garçon de ferme des environs, qui a commencé par épouser sa patronne. Il avait vingt ans et elle quarante-cinq…

— Et depuis lors ?

— C’est son troisième mariage ! Une fatalité ! Elles meurent toutes…

— Il reviendra tout à l’heure.

— Pourquoi ?

— Ça, je n’en sais rien ! Mais il reviendra, quand tout le monde sera ici. Il trouvera un prétexte. À ce moment, le procureur doit sortir de chez lui, déjà vêtu de sa jaquette. Quant au docteur, je parierais qu’il galope à travers les salles pour expédier en cinq sec sa consultation du matin.

Maigret n’avait pas fini sa phrase qu’on voyait M. Duhourceau déboucher d’une rue et traverser la place à pas pressés.

— Et de trois !

— Comment, trois ?

— Le procureur, le patron et toi.

— Encore ? Écoute, Maigret…

— Chut ! Va ouvrir la porte à M. Duhourceau qui hésite à frapper…

— Je reviendrai dans une heure ! annonça Mme Maigret, qui avait mis son chapeau.

Le procureur la salua cérémonieusement, serra la main du commissaire sans le regarder en face.

— On m’a mis au courant de votre expérience. J’ai tenu à vous voir auparavant. Tout d’abord, il est bien entendu que vous agissez à titre privé. Malgré cela, j’aurais aimé être consulté, étant donné qu’il y a une instruction en cours…

— Asseyez-vous, je vous prie. Leduc, débarrasse M. le procureur de son chapeau et de sa canne. Je disais justement à Leduc, monsieur le procureur, que tout à l’heure, l’assassin sera certainement ici… Bon ! Voici le commissaire, qui regarde l’heure et qui va boire quelque chose en bas avant de monter…

C’était vrai ! On vit entrer le commissaire à l’hôtel, mais il ne se présenta que dix minutes plus tard à la porte de la chambre. Il parut stupéfait de trouver le procureur, s’excusa, bafouilla :

— J’ai cru de mon devoir de…

— Parbleu ! Leduc, cherche des chaises. Il doit y en avoir dans la chambre voisine… Voici nos clients qui commencent à arriver. Seulement, personne ne veut être le premier…

Trois ou quatre personnes, en effet, erraient sur la place en jetant de fréquents regards à l’hôtel. On sentait qu’elles cherchaient une contenance. Toutes suivirent des yeux la voiture du docteur qui stoppa juste devant la porte.

Il y avait, malgré le soleil printanier, de la nervosité dans l’air. Le médecin, comme ses prédécesseurs, eut un mouvement de contrariété en trouvant déjà tant de monde dans la chambre.

— C’est un véritable conseil de guerre ! remarqua-t-il en ricanant.

Et Maigret nota qu’il était mal rasé, que sa cravate était beaucoup moins bien nouée qu’à l’ordinaire.

— Vous croyez que le juge d’instruction…

— Il est allé à Saintes pour un interrogatoire et il ne rentrera pas avant ce soir.

— Et son greffier ? questionna Maigret.

— J’ignore s’il l’a emmené… Ou plutôt… Tenez ! le voilà qui sort de chez lui… Car il habite juste en face de l’hôtel, au premier étage de la maison à volets bleus…

Des pas dans l’escalier. Les pas de plusieurs personnes. Puis des chuchotements.

— Ouvre, Leduc.

Cette fois c’était une femme, et qui ne venait pas du dehors. C’était la servante qui avait failli être victime du fou et qui travaillait toujours à l’hôtel. Un homme la suivait, timide, embarrassé.

— C’est mon fiancé, qui est employé au garage. Il ne voulait pas me laisser venir, sous prétexte que, moins on en parlera…

— Entrez… Vous aussi, le fiancé… Et vous aussi, patron…

Car le patron de l’hôtel était sur le palier, sa toque blanche à la main.

— Je voulais seulement savoir si ma domestique…

— Entrez ! Entrez ! Et vous, comment vous appelle-t-on ?

— Rosalie, monsieur… Seulement je ne sais pas si, pour la prime… Parce que, n’est-ce pas ? j’ai dit tout ce que je savais…

Et le fiancé, rageur, grogna sans regarder personne :

— Pour autant que ce soit vrai !

— Bien sûr que c’est vrai ! Je n’aurais pas inventé…

— Tu n’as pas inventé non plus l’histoire du client qui voulait t’épouser ? Et quand tu me racontais que ta mère avait été enlevée par des romanichels…

La fille était furieuse, mais elle ne se démontait pas. C’était une forte paysanne aux attaches solides, à la chair drue. Dès qu’elle s’était un peu remuée, elle avait les cheveux en désordre comme après une bataille et, en levant les bras pour se recoiffer, elle montrait des aisselles humides, aux poils roux.

— J’ai dit ce que j’ai dit… On m’a attaquée par-derrière et j’ai senti une main près de mon menton… Alors, j’ai mordu de toutes mes forces… Même, tenez, qu’il y avait une bague en or au doigt…

— Vous n’avez pas vu l’homme ?

— Il s’est sauvé tout de suite dans le bois. Il était de dos. Et moi j’avais de la peine à me relever, vu que…

— Vous êtes donc incapable de le reconnaître ! C’est bien ce que vous avez déclaré à l’instruction ?

Rosalie se tut, mais il y avait quelque chose de menaçant dans l’expression butée de son visage.

— Reconnaîtriez-vous la bague ?

Et le regard de Maigret errait sur toutes les mains, sur les mains grassouillettes de Leduc, qui portait une lourde chevalière, sur celles, fines et longues, du docteur, qui n’avait qu’une alliance au doigt, sur celles encore très pâles, à la peau cassante, du procureur, qui avait tiré son mouchoir de sa poche.

— C’était une bague en or !

— Et vous n’avez aucune idée de l’identité de votre agresseur ?

— Monsieur, je vous assure… commença le fiancé, le front en sueur.

— Parlez !

— Je ne voulais pas qu’il arrive des malheurs. Rosalie est une bonne fille, je le dis devant elle. Mais elle rêve toutes les nuits. Parfois, elle me raconte ses rêves. Puis, quelques jours après, il lui arrive de croire que c’est arrivé. C’est comme pour les romans qu’elle lit…

— Bourre-moi une pipe, veux-tu, Leduc ?

Sous les fenêtres, Maigret voyait maintenant un groupe d’une dizaine de personnes qui se consultaient et parlaient à mi-voix.

— Donc, Rosalie, vous avez quand même une petite idée…

La fille se tut. Seulement, son regard se posa l’espace d’une seconde sur le procureur et Maigret vit une fois de plus les bottines de vernis noir, à boutons.

— Tu lui donneras ses cent francs, Leduc. Excuse-moi de t’employer comme secrétaire… Vous êtes content d’elle, vous, patron ?

— Comme femme de chambre, je n’ai rien à dire.

— Eh bien ! qu’on fasse entrer les suivants.

Le greffier s’était faufilé dans la pièce et se tenait le dos au mur.

— Vous étiez là ? Asseyez-vous donc…

— J’ai peu de temps devant moi… murmura le médecin en tirant sa montre de sa poche.

— Bah ! ce sera bien assez.

Et Maigret allumait sa pipe, regardait la porte s’ouvrir, un jeune homme entrer, vêtu de loques, les cheveux filasse, les yeux chassieux.

— J’espère que vous n’allez pas… murmura le procureur.

— Entre, mon garçon ! Quand as-tu eu ta dernière crise ?

— Il est sorti de l’hôpital il y a huit jours ! dit le docteur.

C’était évidemment un épileptique, le type même de ce que les gens des campagnes appellent l’idiot du village.

— Qu’est-ce que tu as à me dire ?

— Moi ?

— Oui, toi !… Raconte.

Mais, au lieu de parler, le jeune homme se mit à pleurer et, après quelques instants, ses sanglots étaient convulsifs. On pouvait craindre une crise. On devinait quelques syllabes mal articulées.

— C’est toujours après moi qu’on en a… Je n’ai rien fait !… Je le jure !… Alors, pourquoi ne me donne-t-on pas cent francs pour acheter un complet ?…

— Cent francs ! Au suivant ! dit Maigret à Leduc.

Le procureur s’impatientait visiblement. Le commissaire de police avait pris un air dégagé et il remarqua :

— Si la police municipale procédait de la même manière il est probable qu’au prochain conseil général…

Dans un coin, Rosalie et son fiancé se disputaient à voix basse. Le patron passait la tête par l’entrebâillement de la porte pour écouter les bruits du rez-de-chaussée.

— Vous espérez vraiment découvrir quelque chose ? soupira M. Duhourceau.

— Moi ?… Rien du tout…

— Dans ce cas…

— Je vous ai promis que le fou serait ici et il est probable qu’il y est.

Il n’était entré que trois personnes : un cantonnier qui avait vu, trois jours auparavant, une « ombre se faufiler entre les arbres » et s’enfuir à son approche.

— L’ombre ne vous a rien fait ?

— Non !

— Et vous ne l’avez pas reconnue ? Va pour cinquante francs !

Maigret était le seul à garder sa bonne humeur. Sur la place, il y avait une bonne trentaine d’habitants, par groupes, qui regardaient les fenêtres de l’hôtel.

— Et toi ?

C’était un vieux paysan en deuil qui attendait, le regard farouche.

— Je suis le père de la première qui est morte. Eh bien ! je suis venu dire que, si je mets la main sur ce monstre-là, je…

Et lui aussi avait une tendance à se tourner vers le procureur.

— Vous n’avez aucune idée ?

— Une idée, peut-être pas ! Mais je dis ce que je dis, moi ! On ne peut rien faire à un homme qui a perdu sa fille ! On ferait mieux de chercher du côté où il y a déjà eu quelque chose. Je sais bien que vous n’êtes pas du pays… Vous ne savez pas… Tout le monde vous dira qu’il est arrivé des choses dont on n’a jamais su le fin mot…

Le médecin s’était levé, en proie à l’impatience. Le commissaire de police regardait ailleurs, en homme qui ne veut pas entendre. Quant au procureur, il était de pierre.

— Je vous remercie, mon vieux.

— Et surtout je ne veux ni de vos cinquante, ni de vos cent francs… Si un jour vous pouvez passer à la ferme… N’importe qui vous dira où elle se trouve.

Il ne demanda pas s’il devait rester. Il ne salua personne et s’en alla, les épaules rondes.

Son départ fut suivi d’un long silence et Maigret affecta d’être très occupé à tasser, de la seule main qu’il avait valide, la cendre dans sa pipe.

— Une allumette, Leduc…

Ce silence avait quelque chose de pathétique. Et on eût dit que les groupes épars sur la place évitaient, eux aussi, de faire le moindre bruit.

Rien que les pas du vieux fermier sur les graviers…

— Je te prie de te taire, entends-tu ?

C’était le fiancé de Rosalie qui se surprenait à parler haut et la fille regardait droit devant elle, peut-être matée, peut-être hésitante.

— Eh bien ! messieurs, soupira enfin Maigret, il me semble que cela ne va déjà pas si mal…

— Tous ces interrogatoires ont déjà été faits ! répliqua le commissaire en se levant et en cherchant son chapeau.

— Seulement, cette fois, le fou est ici !

Maigret ne regardait personne. Il parlait en fixant la courtepointe blanche de son lit.

— Est-ce que vous croyez, docteur, que, ses crises passées, il se souvienne de ce qu’il a fait ?

— C’est à peu près certain.

Le patron de l’hôtel était debout au milieu de la pièce et ce détail accroissait son embarras car, avec ses vêtements blancs, il attirait les regards.

— Va voir, Leduc, s’il y a encore du monde qui attend !

— Vous m’excuserez, mais je n’ai plus le temps ! fit le docteur Rivaud en se levant. J’ai une consultation à onze heures et, là aussi, il s’agit de la vie d’un homme.

— Je vous accompagne… murmura le commissaire de police.

— Et vous, monsieur le procureur ? murmura Maigret.

— Heu !… je… Oui… je…

Depuis quelques instants, Maigret ne paraissait pas satisfait et à plusieurs reprises il regarda vers la place avec impatience. Soudain, comme tout le monde était debout, prêt à partir, il se dressa légèrement sur son lit, murmura :

— Enfin !… Un instant, messieurs… Je crois que voici du nouveau…

Et il désignait une femme qui courait, se dirigeant vers l’hôtel. De sa place, le chirurgien pouvait la voir et il dit avec étonnement :

— Françoise !…

— Vous la connaissez ?

— C’est ma belle-sœur… Sans doute un malade a-t-il téléphoné… ou un accident…

On courait dans l’escalier. On parlait. La porte s’ouvrait et une jeune femme, haletante, pénétrait dans la chambre, regardait autour d’elle avec épouvante.

— Jacques !… Commissaire !… Monsieur le procureur…

Elle n’avait pas plus de vingt ans. Elle était mince, nerveuse, jolie.

Mais il y avait des traces de poussière sur sa robe. Son corsage était en partie déchiré. Elle portait sans cesse les deux mains à son cou.

— Je… Je l’ai vu… Et il m’a…

Personne ne bougeait. Elle avait de la peine à parler. Elle fit encore deux pas dans la direction de son beau-frère.

— Regarde !

Elle lui montrait son cou où l’on voyait des ecchymoses. Elle continuait à parler.

— Là… dans le bois du Moulin-Neuf… Je me promenais quand un homme…

— Je vous disais bien que nous saurions quelque chose ! grommela Maigret qui avait retrouvé sa placidité.

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