Simenon, Georges - Un crime en Hollande

На нашем литературном портале можно бесплатно читать книгу Simenon, Georges - Un crime en Hollande, Simenon . Жанр: Полицейский детектив. Онлайн библиотека дает возможность прочитать весь текст и даже без регистрации и СМС подтверждения на нашем литературном портале bookplaneta.ru.
Simenon, Georges - Un crime en Hollande
Название: Un crime en Hollande
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
Количество просмотров: 385
Читать онлайн

Un crime en Hollande читать книгу онлайн

Un crime en Hollande - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

Quand Maigret arriva à Delfzijl, une après-midi de mai, il n'avait sur l'affaire qui l'appelait dans cette petite ville plantée à l'extrême nord de la Hollande que des notions élémentaires. Un certain Jean Duclos, professeur à l'université de Nancy, faisait une tournée de conférences dans les pays du Nord. A Delfzijl, il était l'hôte d'un professeur à l'Ecole navale, M. Popinga. Or, M. Popinga était assassiné et, si l'on n'accusait pas formellement le professeur français, on le priait néanmoins de ne pas quitter la ville et de se tenir à la disposition des autorités néerlandaises. C'était tout, ou à peu près. Jean Duclos avait alerté l'université de Nancy, qui avait obtenu qu'un membre de la Police Judiciaire fût envoyé en mission à Delfzijl. La tâche incombait à Maigret. Tâche plus officieuse qu'officielle et qu'il avait rendue moins officielle encore en omettant d'avertir ses collègues hollandais de son arrivée. Par les soins de Jean Duclos, il avait reçu un rapport assez confus, suivi d'une liste des noms de ceux qui étaient mêlés de près ou de loin à cette histoire. Ce fut cette liste qu'il consulta un peu avant d'arriver en gare de Delfzijl.

Перейти на страницу:

» Je suis rentrée ici… Mon père m’attendait…

» C’est seulement le lendemain que nous avons appris le drame… Tout Delfzijl était agité…

» Je ne crois pas que ce soit ma faute… Quand Conrad est rentré, il a voulu mettre son vélo dans le hangar, derrière la maison…

» On a tiré, avec revolver… Il est tombé… Il est mort après une demi-heure…

» Pauvre Conrad !… Avec sa bouche ouverte…

Elle essuya une larme qui faisait un drôle d’effet sur sa joue lisse et rose comme la pelure d’une pomme bien mûre.

— C’est tout ?

— Oui… La police est venue de Groningen pour aider la gendarmerie… Elle dit qu’on a tiré de la maison… Il paraît qu’on a vu le professeur, tout de suite après, qui descendait l’escalier avec un revolver dans sa main… Et c’était le revolver qui avait tiré…

— Le professeur Jean Duclos ?

— Oui ! Alors, on ne l’a pas laissé partir.

— En somme, il restait à ce moment dans la maison Mme Popinga, sa sœur Any et le professeur Duclos…

— Ya !

— Et, le soir, il y avait en plus les Wienands, vous et Conrad…

— Et aussi Cor !… J’oubliais…

— Cor ?…

— C’est comme Cornélius… Un élève de l’Ecole navale, qui prenait des leçons particulières…

— Quand est-il parti ?

— En même temps que Conrad et moi… Mais il a tourné à gauche, avec son vélo, pour retourner au bateau-école qui est sur l’Ems-Canal… Vous prenez sucre ?

Le thé fumait dans les tasses. Une auto venait de s’arrêter au pied du perron de trois marches. Un peu plus tard, un homme entrait, grand, large d’épaules, grisonnant, avec un visage grave, une lourdeur qui accentuait son calme.

C’était le fermier Liewens, qui attendit que sa fille lui présentât le visiteur.

Il serra vigoureusement la main de Maigret mais ne dit rien.

— Mon père ne parle pas français…

Elle lui servit une tasse de thé qu’il but debout, à petites gorgées. Puis, en néerlandais, elle le mit au courant de la naissance du veau.

Elle dut parler du rôle joué par le commissaire en cette circonstance, car il regarda celui-ci avec un étonnement non exempt d’ironie, puis, après un salut assez raide, il gagna l’étable.

— On a mis le professeur Duclos en prison ? questionna alors Maigret.

— Non ! Il est à l’Hôtel Van Hasselt, avec un gendarme.

— Conrad ?

— On a transporté son corps à Groningen… A trente kilomètres… Une grande ville de cent mille habitants, avec une université, où Jean Duclos avait été reçu la veille… C’est terrible, n’est-ce pas ?… On ne comprend pas…

Terrible peut-être ! Mais cela ne se sentait pas ! Sans doute à cause de cette atmosphère limpide, du décor doux et confortable, du thé qui fumait et de toute cette petite ville qui avait l’air d’un jouet planté pour rire au bord de la mer.

En se penchant à la fenêtre, on voyait, dominant la ville de briques rouges, la cheminée et la passerelle d’un gros cargo en déchargement. Et les bateaux, sur l’Ems, se laissaient glisser au fil de l’eau jusqu’à la mer.

— Conrad vous a reconduite souvent ?

— Chaque fois que j’allais chez lui… C’était un camarade…

— Mme Popinga n’était pas jalouse ?

Maigret disait cela à tout hasard, parce que son regard venait de tomber sur la poitrine alléchante de la jeune fille et peut-être parce qu’il en avait reçu une bouffée chaude aux joues.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas… La nuit… Tous les deux…

Elle rit, montra ses dents saines.

— En Hollande, c’est toujours… Cor aussi me reconduisait…

— Et il n’était pas amoureux ?

Elle ne dit ni oui ni non. Elle gloussa. C’est le mot. Un petit gloussement de coquetterie satisfaite.

Par la fenêtre, on vit son père qui sortait le veau de l’étable, en le portant comme un bébé, et qui le posait sur l’herbe du pré, en plein soleil.

La bête oscilla sur ses quatre pattes trop grêles, faillit tomber à genoux, esquissa soudain un galop de quatre ou cinq mètres avant de s’immobiliser.

— Conrad ne vous a jamais embrassée ?

Nouveau rire, mais accompagné de très peu de rougeur.

— Oui…

— Et Cor ?…

Elle y mit plus de formes, détourna à demi la tête.

— Aussi !… Pourquoi vous demandez cela ?…

Elle avait un drôle de regard. Peut-être s’attendait-elle que Maigret l’embrassât à son tour ?

Son père, dehors, l’appelait. Elle ouvrit la fenêtre. Il lui parla en néerlandais. Quand elle se retourna, ce fut pour dire :

— Excusez… Il faut que j’aille chercher le maire, en ville, pour le pedigree du veau… C’est très important… Vous n’allez pas à Delfzijl ?…

Il sortit avec elle. Elle saisit son vélo nickelé par le guidon et marcha à côté de lui, en balançant un peu les hanches qu’elle avait déjà fortes comme une femme.

— Quel beau pays, n’est-ce pas ?… Pauvre Conrad, qui ne pourra plus voir !… Les bains ouvrent demain !… Les autres années, il venait tous les jours… Il restait une heure dans l’eau…

Maigret, en marchant, regardait par terre.


II


La casquette du Baes

Contre son habitude, Maigret nota quelques détails matériels, surtout topographiques, et ce fut à proprement parler du flair, car par la suite la solution devait découler de questions de minutes et de mètres.

Entre la ferme des Liewens et la maison Popinga, il y avait à peu près douze cents mètres. Les deux habitations étaient au bord du canal et, pour aller de l’une à l’autre, on suivait le chemin de halage.

Canal à peu près désaffecté, d’ailleurs, depuis la création d’un canal beaucoup plus large et profond, l’Ems-Canal, reliant Delfzijl à Groningen.

Celui-ci, l’Amsterdiep envasé, tortueux, ombragé par de beaux arbres, ne servait guère qu’au passage des trains de bois et de quelques bateaux de faible tonnage.

Des fermes, de loin en loin. Un chantier de réparation de bateaux.

En sortant de chez Popinga pour se rendre à la ferme, on rencontrait d’abord, toute proche, à trente mètres, la villa des Wienands. Puis une maison en construction. Ensuite un grand espace désert et le chantier encombré de piles de bois.

Au-delà de ce chantier, nouvel espace vide, après un coude du canal et du chemin. De cet endroit, on apercevait nettement les fenêtres des Popinga et, juste à gauche, le phare blanc situé de l’autre côté de la ville.

— C’est un phare à feu tournant ? questionna Maigret.

— Oui.

— Si bien que, la nuit, il doit éclairer ce tronçon de route…

— Oui ! dit-elle encore, avec un petit rire, comme si cela lui eût rappelé un joyeux souvenir.

— Pas gai pour les amoureux ! acheva-t-il.

Elle le quitta avant la maison Popinga, soi-disant parce qu’elle avait un chemin plus court à prendre, mais vraisemblablement pour ne pas être vue avec lui.

Maigret ne s’arrêta pas. La maison était moderne, en brique, avec un petit jardin devant, un potager derrière, une allée à droite et du terrain libre à gauche.

Il préféra gagner la ville, qui n’était distante que de cinq cents mètres. Il arrivait ainsi à l’écluse séparant le canal du port. Le bassin fourmillait de bateaux de cent à trois cents tonneaux, amarrés côte à côte, mâts dressés, et formant un monde flottant.

A gauche, l’Hôtel Van Hasselt, où il pénétra.


Une salle obscure, aux boiseries vernies, où flottait une odeur complexe de bière, de genièvre et d’encaustique. Un grand billard. Une table aux barres de cuivre couvertes de journaux.

Dans un coin, un homme se leva dès l’arrivée de Maigret et s’avança vers lui.

— C’est vous qui m’êtes envoyé par la police française ?

Il était grand, maigre, osseux, avec un long visage aux traits très dessinés, des lunettes d’écaille et des cheveux drus taillés en brosse.

— Vous êtes sans doute le professeur Duclos ? riposta Maigret.

Il ne l’avait pas imaginé aussi jeune. Duclos pouvait avoir trente-cinq à trente-huit ans. Mais il y avait un je ne sais quoi en lui qui frappa Maigret.

— Vous êtes de Nancy ?

— C’est-à-dire que j’y occupe une chaire de sociologie à l’Université…

— Mais vous n’êtes pas né en France !

Cela s’engageait comme une petite guerre.

— En Suisse romande. Je suis naturalisé Français. J’ai fait toutes mes études à Paris et à Montpellier…

— Et vous êtes protestant ?

— A quoi le voyez-vous ?

A rien ! A l’ensemble ! Duclos appartenait à une catégorie d’hommes que le commissaire connaissait bien. Des hommes de science. L’étude pour l’étude ! L’idée pour l’idée ! Une certaine austérité dans les allures et dans la conduite de la vie, en même temps qu’une tendance aux relations internationales. La passion des conférences, des congrès, des échanges de lettres avec des correspondants étrangers.

Il était assez nerveux, si ce terme peut s’appliquer à un homme dont les traits ne devaient jamais bouger. Sur sa table, une bouteille d’eau minérale, deux gros livres et des papiers étalés.

— Je ne vois pas le policier chargé de vous surveiller…

— J’ai donné ma parole d’honneur de ne pas sortir d’ici… Remarquez que je suis attendu par des sociétés littéraires et scientifiques d’Emden, de Hambourg et de Brème… Je devais faire ma conférence dans ces trois villes avant de…

Une grosse femme blonde, la patronne de l’hôtel, se montrait, et Jean Duclos lui expliquait en néerlandais qui était le visiteur.

— C’est à tout hasard que j’ai demandé qu’un policier me soit envoyé. J’espère, en effet, arriver à éclaircir le mystère…

— Voulez-vous me dire ce que vous savez ?

Et Maigret, se laissant tomber sur une chaise, commanda :

— Un Bols !… Dans un grand verre…

— Voici tout d’abord des plans, établis à l’échelle exacte. Je puis vous en confier un double. Le premier représente le rez-de-chaussée de la maison des Popinga : corridor à gauche ; à droite, le salon, puis la salle à manger ; au fond la cuisine ; derrière celle-ci, une remise où Popinga avait l’habitude de ranger son canot et ses bicyclettes.

— Vous vous êtes tenus tous dans le salon ?

— Oui… Deux fois Mme Popinga, puis Any sont allées dans la cuisine pour préparer le thé, car la servante était couchée. Voici le plan du premier : derrière, juste au-dessus de la cuisine, une salle de bains ; en façade, deux pièces : à gauche, la chambre des Popinga, à droite, un cabinet de travail où Any dormait sur un divan ; derrière enfin, la chambre qui m’avait été dévolue…

— Quelles sont les pièces d’où il est matériellement possible qu’on ait tiré ?

— Ma chambre, la salle de bains et la salle à manger du rez-de-chaussée…

— Racontez-moi la soirée.

— Ma conférence a été un triomphe… Je l’ai faite dans cette salle que vous apercevez…

Une longue salle décorée de guirlandes en papier, servant pour les bals de sociétés, les banquets et les représentations théâtrales. Une estrade aux décors représentant un parc de château.

— Nous nous sommes dirigés ensuite vers l’Amsterdiep…

— En longeant les quais ? Voulez-vous me dire dans quel ordre vous marchiez ?

— J’étais devant, avec Mme Popinga, qui est une femme très cultivée. Conrad Popinga flirtait avec cette petite fermière imbécile qui ne sait que rire de toutes ses dents et qui n’a rien compris à ma causerie. Venaient ensuite les Wienands, Any et le jeune élève de Popinga, un pâle garçon quelconque…

— Vous êtes arrivés à la maison…

— On a dû vous dire que j’avais parlé de la responsabilité des assassins. La sœur de Mme Popinga, qui a fini son droit et qui professera à la rentrée, m’a demandé quelques détails. Nous avons été amenés à parler du rôle de l’avocat dans une affaire criminelle. Puis il a été question de police scientifique, et je me souviens que je lui ai recommandé de lire les ouvrages du professeur viennois Grosz. J’ai soutenu la thèse que le crime impuni est rigoureusement impossible. J’ai disserté sur les empreintes, l’analyse des débris de toutes sortes, les déductions… Par contre, Conrad Popinga s’obstinait à me faire écouter Radio-Paris !

Maigret sourit à peine.

— Il y est arrivé ! On jouait du jazz. Popinga est allé chercher une bouteille de cognac et s’est étonné de voir un Français qui n’en buvait pas. Il en but, lui, et aussi la fermière !… Ils étaient très gais… Ils ont dansé… « Comme à Paris !… » exultait Popinga.

— Vous ne l’aimez pas ! remarqua Maigret.

— Un gros garçon sans intérêt ! Wienands, lui, bien que préoccupé de mathématiques, nous écoutait… Un bébé a pleuré… Les Wienands sont partis… La fermière était très animée… Conrad a proposé de la reconduire et ils sont partis tous les deux à vélo… Mme Popinga m’a conduit à ma chambre… J’ai mis quelques papiers en ordre dans ma valise… J’allais prendre des notes pour un volume que je prépare, quand j’ai entendu un coup de feu, si proche que j’aurais pu croire que c’était dans ma chambre même qu’on avait tiré… Je me suis précipité dehors… La salle de bains était entrouverte… J’ai poussé la porte… Fenêtre grande ouverte… Quelqu’un râlait dans le jardin, près du hangar aux vélos…

— Il y avait de la lumière dans la salle de bains ?

— Non… Je me suis penché à la fenêtre… Ma main s’est posée sur la crosse d’un revolver que j’ai saisi machinalement… Je devinais une forme étendue, près du hangar… J’ai voulu descendre… Je ne suis heurté à Mme Popinga, qui sortait de chez elle, affolée… Nous avons couru tous les deux dans l’escalier… Nous n’avions pas encore traversé la cuisine que nous étions rejoints par Any, tellement bouleversée qu’elle était descendue en combinaison… Vous comprendrez mieux quand vous la connaîtrez…

— Popinga ?…

— A demi mort… Il nous a regardés avec des gros yeux troubles, en étreignant sa poitrine d’une main… Au moment où j’essayais de le soulever, il s’est raidi… Il était mort, une balle au cœur…

— C’est tout ce que vous savez ?

— On a téléphoné à la gendarmerie, au médecin… On a appelé Wienands, qui est venu nous aider… Je sentais une certaine gêne… J’oubliais qu’on m’avait vu avec le revolver dans la main… Les gendarmes me l’ont rappelé, m’ont demandé des explications… Ils m’ont prié poliment de me tenir à leur disposition…

— Il y a six jours de cela ?

— Oui… Je travaille à résoudre le problème, car c’en est un !… Voyez ces papiers.

Maigret vida sa pipe, sans un regard aux papiers en question.

Перейти на страницу:
Комментариев (0)