Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands

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Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands
Название: Maigret chez les Flamands
Автор: Simenon
ISBN: нет данных
Год: неизвестен
Дата добавления: 28 октябрь 2019
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Maigret chez les Flamands - читать бесплатно онлайн , автор Simenon

Quand Maigret descendit du train, en gare de Givet, la première personne qu'il vit, juste en face de son compartiment, fut Anna Peeters. à croire qu'elle avait prévu qu'il s'arrêterait à cet endroit du quai exactement !


Elle n'en paraissait pas étonnée, ni fière. Elle était telle qu'il l'avait vue à Paris, telle qu'elle devait être toujours, vêtue d'un tailleur gris fer, les pieds chaussés de noir, chapeautée de telle sorte qu'il était impossible de se souvenir ensuite de la forme ou même de la couleur de son chapeau.


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Le commissaire entra. Les murs du corridor étaient peints en faux marbre. La cuisine était en désordre et la femme grommelait des choses confuses en ramassant son seau et sa brosse.

Sur la table, des tasses et des assiettes sales. Un gamin de deux ans et demi était assis, tout seul, et mangeant un œuf à la coque, maladroitement, en se barbouillant de jaune.

La femme devait avoir une quarantaine d’années. Elle était maigre, avec un visage ascétique.

— C’est vous qui l’élevez ?

— Depuis qu’ils ont tué sa mère, c’est moi qui le garde la plupart du temps, oui ! Le grand-père est obligé de dormir la moitié de la journée. Il n’y a personne d’autre dans la maison. Et, quand j’ai des clientes à aller voir, il faut que je le confie à une voisine.

— Des clientes ?

— Je suis accoucheuse diplômée.

Elle avait retiré son tablier à carreaux, comme si celui-ci lui eût enlevé de sa dignité.

— N’aie pas peur, mon petit Jojo ! dit-elle à l’enfant qui regardait le visiteur et avait cessé de manger.

Ressemblait-il à Joseph Peeters ? C’était difficile à dire. C’était en tout cas un enfant débile. Il avait les traits irréguliers, la tête trop grosse, le cou maigre et surtout une bouche mince et longue qui paraissait être la bouche d’un enfant de dix ans pour le moins.

Son regard ne quittait pas Maigret, mais n’exprimait rien. Il n’exprima pas davantage de sentiment quand la sage-femme éprouva le besoin de l’embrasser, d’une façon peut-être un peu théâtrale, en s’écriant :

— Le pauvre chou ! Mange ton œuf, mon chéri !

Elle n’avait pas invité Maigret à s’asseoir. Il y avait de l’eau par terre et une soupe sur le fourneau.

— C’est sans doute vous qu’on est allé chercher à Paris.

La voix n’était pas encore agressive, mais elle était loin d’être aimable.

— Que voulez-vous dire ?

— Ici, c’est inutile de faire des mystères ! Tout se sait !

— Expliquez-vous.

— Puisque vous le savez aussi bien que moi ! De la belle besogne que vous avez acceptée là !… Mais la police n’est-elle pas toujours du côté des riches ?…

Maigret avait froncé les sourcils, non à cause de cette accusation toute gratuite, mais à cause de ce que les phrases de l’accoucheuse révélaient.

— Ce sont les Flamands eux-mêmes qui ont annoncé à tout le monde qu’on pouvait les inquiéter pour l’instant, mais que cela ne durerait pas et que les choses changeraient quand je ne sais quel commissaire arriverait de Paris !

Elle eut un méchant sourire.

— Parbleu ! On leur a donné tout le temps de préparer leurs mensonges ! Ils savent fort bien qu’on ne retrouvera jamais le corps de Mlle Germaine ! Mange, mon petit. Ne t’inquiète pas…

Et elle avait les paupières humides en regardant le gosse qui tenait sa cuiller en l’air, sans quitter Maigret des yeux.

— Vous n’avez rien de particulier à m’apprendre ? questionna le commissaire.

— Rien du tout ! Les Peeters ont dû vous donner tous les renseignements que vous désiriez et ils ont même dû vous dire que l’enfant n’est pas de leur Joseph !

Était-ce la peine d’insister ? Maigret était l’ennemi. Il flottait dans la maison pauvre comme une atmosphère de haine.

— Maintenant, si vous voulez voir M. Piedbœuf, vous n’avez qu’à revenir vers midi… C’est l’heure où il se lève et où M. Gérard rentre du bureau…

Elle le reconduisait le long du corridor, refermait la porte derrière lui. Au premier étage, les stores étaient baissés.


Maigret trouva l’inspecteur Machère à proximité de la maison des Flamands, en conversation avec deux mariniers qu’il quitta en apercevant le commissaire.

— Qu’est-ce qu’ils racontent ?

— Je leur parlais de l’Étoile-Polaire… Ils croient se souvenir que le 3 janvier le patron a quitté le Café des Mariniers vers huit heures et que, comme tous les soirs, il était soûl… À cette heure-ci, il dort encore… Je viens de monter sur son bateau et il ne m’a même pas entendu…

Derrière les vitres de l’épicerie, on pouvait apercevoir la tête blanche de Mme Peeters qui observait les policiers.

La conversation était décousue. Les deux hommes regardaient autour d’eux sans rien examiner spécialement.

D’un côté, le fleuve aux barrages renversés qui charriait des épaves à une vitesse de neuf kilomètres à l’heure.

De l’autre, la maison.

— Il y a deux entrées ! dit Machère. Celle que nous voyons et une autre, derrière le bâtiment… Dans la cour, il y a un puits…

Il se hâta d’ajouter :

— Je l’ai sondé… Je crois que j’ai tout fouillé… Et pourtant, je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que le cadavre n’a pas été jeté dans la Meuse… Que faisait ce mouchoir de femme sur le toit ?…

— Vous savez qu’on a retrouvé le motocycliste ?

— On m’a annoncé la nouvelle. Mais cela ne prouve pas que Joseph Peeters n’était pas ici ce soir-là…

Évidemment ! Il n’y avait aucune preuve, ni pour ni contre ! Il n’y avait même aucun témoignage sérieux !

Germaine Piedbœuf était entrée dans la boutique vers huit heures. Les Flamands prétendaient qu’elle en était ressortie quelques minutes plus tard, mais personne d’autre ne l’avait vue. C’était tout !

Les Piedbœuf accusaient et demandaient trois cent mille francs de dommages-intérêts.

Deux femmes de bateliers entraient dans l’épicerie et le timbre résonnait.

— Vous croyez encore, commissaire…

— Je ne crois rien du tout, mon vieux ! À tout à l’heure…

Il entra à son tour dans la boutique. Les deux clientes se tassèrent pour lui faire place. Mme Peeters cria :

— Anna !

Et elle s’affaira, ouvrit la porte vitrée de la cuisine.

— Entrez, monsieur le commissaire… Anna vient tout de suite… Elle range les chambres…

Elle s’occupait à nouveau de ses clientes et le commissaire, traversant la cuisine, s’engageait dans le corridor, montait lentement l’escalier.

Anna ne devait pas avoir entendu. Il y avait du bruit dans une chambre dont la porte était ouverte et Maigret aperçut soudain la jeune fille, un mouchoir noué autour de la tête, occupée à brosser un pantalon d’homme.

Elle vit le visiteur dans la glace, se retourna vivement, laissa tomber la brosse.

— Vous étiez là ?

Elle restait la même, elle, en tenue négligée du matin. Elle gardait exactement son air de jeune fille bien élevée, un peu distante.

— Excusez-moi… On m’a dit que vous étiez en haut… C’est la chambre de votre frère ?…

— Oui… Il est reparti ce matin à la première heure… L’examen est très dur… Il veut le passer avec la plus grande distinction, comme les précédents…

Sur un bahut, un grand portrait de Marguerite Van de Weert, en robe claire, coiffée d’un chapeau de paille d’Italie.

Et la jeune fille avait écrit d’une écriture longue et pointue le commencement de la Chanson de Solveig :


L’hiver peut s’enfuir…

Le printemps bien-aimé…

Peut s’écouler…

 

Maigret avait le portrait à la main. Anna le regardait avec insistance, avec même une pointe de méfiance, comme si elle eût craint un sourire.

— Ce sont des vers d’Ibsen, dit-elle.

— Je sais…

Et Maigret récita la fin du poème :


Moi, je t’attends ici,

Ô mon beau fiancé,

Jusqu’à mon jour dernier…

 

Il faillit sourire, pourtant, parce qu’il regardait le pantalon qu’Anna n’avait pas lâché.

C’était inattendu, saugrenu ou attendrissant, ces vers héroïques dans le décor sombre d’une chambre d’étudiant.

Joseph Peeters, long et maigre, mal habillé, avec ses cheveux blonds que ne parvenait pas à coucher le cosmétique, son nez disproportionné, ses yeux de myope…


Ô mon beau fiancé…


Et ce portrait de petite provinciale d’une joliesse vaporeuse !

Ce n’était pas le cadre prestigieux du drame d’Ibsen. Elle ne clamait pas sa foi aux étoiles ! Bourgeoisement, elle recopiait des vers au bas d’un portrait.


Moi je t’attends ici.


Et elle avait vraiment attendu ! Malgré Germaine Piedbœuf ! Malgré l’enfant ! Malgré les années !

Maigret ressentit une gêne vague. Il regarda la table recouverte d’un buvard vert, avec un encrier en cuivre qui devait être un cadeau et des porte-plume en galalithe.

Machinalement, il ouvrit un des tiroirs du bahut et il vit, dans une boîte en carton sans couvercle, des photographies d’amateur.

— Mon frère a un appareil.

Des jeunes gens en casquette d’étudiant… Joseph à moto, la main sur la manette des gaz comme pour un départ foudroyant… Anna au piano… Une autre jeune fille, plus mince, plus triste…

— C’est ma sœur Maria.

Et c’était soudain un petit portrait de passeport, sinistre comme tous les portraits de cette sorte, à cause du contraste brutal des blancs et des noirs.

Une jeune fille, mais si frêle, si menue qu’elle avait l’air d’une gamine. De grands yeux mangeaient tout le visage. Elle portait un chapeau ridicule et semblait regarder l’appareil avec effroi.

— Germaine, n’est-ce pas ?

Son fils lui ressemblait.

— Elle était malade ?

— Elle a fait de la tuberculose. Elle n’avait pas beaucoup de santé.

Anna en avait ! Grande et bien charpentée, elle jouissait surtout d’un équilibre physique et moral déroutant. Elle avait fini par poser le pantalon sur le lit recouvert d’une courtepointe.

— Je viens de chez elle…

— Qu’est-ce qu’ils ont dit ?… Ils ont dû…

— Je n’ai vu qu’une accoucheuse… et le petit…

Elle ne posa pas de question, comme par pudeur. Il y avait quelque chose de discret dans son maintien.

— Votre chambre est à côté ?

— Oui… Ma chambre, qui est en même temps celle de ma sœur…

Il y avait une porte de communication que le commissaire ouvrit. L’autre pièce était plus claire, car les fenêtres donnaient sur le quai. Le lit était déjà fait. Il n’y avait pas le plus léger désordre, pas un vêtement sur les meubles.

Rien que deux chemises de nuit bien pliées sur les deux oreillers.

— Vous avez vingt-cinq ans ?

— Vingt-six.

Maigret avait envie de poser une question. Il ne savait comment le faire.

— Vous n’avez jamais été fiancée ?

— Jamais.

Mais ce n’est pas tout à fait cela qu’il eût voulu lui demander. Elle l’impressionnait, surtout maintenant qu’il voyait sa chambre. Elle l’impressionnait à la façon d’une statue énigmatique. Il se demandait si ces chairs sans séduction avaient déjà vibré, si elle était autre chose qu’une sœur dévouée, qu’une fille modèle, qu’une maîtresse de maison, qu’une Peeters, si, enfin, sous ces apparences, il y avait une femme !

Et elle ne détournait pas le regard. Elle ne se dérobait pas. Elle devait sentir qu’il scrutait ses lignes autant que ses traits, mais elle n’avait pas un tressaillement.

— Nous ne voyons personne, en dehors de nos cousins Van de Weert…

Maigret hésita et sa voix n’était pas tout à fait naturelle tandis qu’il disait :

— Je vais vous demander de vous prêter à une expérience… Voulez-vous descendre dans la salle à manger, jouer du piano jusqu’à ce que je vous appelle… Autant que possible, le même morceau que le 3 janvier… Qui jouait ?

— Marguerite… Elle chante en s’accompagnant… Elle a pris des leçons de chant…

— Vous vous souvenez du morceau ?

— C’est toujours le même… LaChanson de Solveig… Mais… Je… je ne comprends pas…

— Une simple expérience…

Elle sortit à reculons, voulut refermer la porte.

— Non ! Laissez-la ouverte.

Quelques instants plus tard, les doigts couraient négligemment sur le piano, égrenant des accords à peine enchaînés. Et Maigret, sans perdre de temps, ouvrait les armoires de la chambre des jeunes filles.

La première était l’armoire à linge. Des piles régulières de chemises, de pantalons, de jupons bien repassés…

Les accords se liaient. On reconnaissait l’air. Et les gros doigts de Maigret allaient et venaient parmi la lingerie de toile blanche.

Un témoin l’eût pris sans doute pour un amoureux, mieux encore, pour un homme assouvissant quelque passion cachée.

Du gros linge, solide, inusable, sans coquetterie. Celui des deux sœurs devait être mêlé.

Et c’était ensuite le tour d’un tiroir : des bas, des jarretelles, des boîtes d’épingles à cheveux… Pas de poudre… Pas de parfum, hormis un flacon d’eau de Cologne russe qui ne devait servir qu’aux grandes occasions…

Le son s’amplifiait… La maison était remplie de musique… Et peu à peu une voix accompagnait le piano, prenait la première place.


Moi je t’attends ici,

Ô mon beau fiancé…

 

Ce n’était pas Marguerite qui chantait ! C’était Anna Peeters ! Elle détachait toutes les syllabes. Elle appuyait avec nostalgie sur certaines phrases.

Les doigts de Maigret couraient toujours. Ils tâtaient des tissus.

Dans une pile de linge, il y eut un froissement qui n’était pas celui de la toile, mais un froissement de papier.

Un portrait encore. Un portrait d’amateur en sépia. Un jeune homme aux cheveux bouclés, aux traits fins, à la lèvre supérieure qui s’avançait dans un sourire confiant, un tantinet ironique.

Maigret ne savait pas qui cela lui rappelait. Mais cela lui rappelait quelque chose.


Jusqu’à mon jour dernier…

 

Une voix grave, presque une voix masculine qui s’éteignait lentement. Puis un appel :

— Je dois continuer, monsieur le commissaire ?

Il ferma les portes des armoires, mit la photographie dans la poche de son veston, pénétra vivement dans la chambre de Joseph Peeters.

— Ce n’est pas la peine.

Il remarqua qu’Anna était plus pâle à son retour. Est-ce qu’elle avait chanté avec trop d’âme ? Son regard examinait la pièce sans rien y trouver d’anormal.

— Je ne comprends pas… Je voudrais vous demander quelque chose, monsieur le commissaire. Vous avez vu Joseph, hier soir… Qu’est-ce que vous pensez de lui ?… Croyez-vous qu’il soit capable…

Elle avait retiré, en bas sans doute, le fichu qui couvrait sa tête. Maigret eut même l’impression qu’elle s’était lavé les mains.

— Il faut, comprenez-vous, il faut, continua-t-elle, que tout le monde reconnaisse son innocence !… Il faut qu’il soit heureux !…

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